« Jazzman » – Novembre 2011

Ne s’attendre à rien, n’avoir aucune idée préconçue. Telle est peut-être la mise en garde qu’il faudrait lancer à l’auditeur non averti de ce nouvel opus barthélemyen. Entouré d’une équipe bigarrée que les habitués reconnaîtront en partie – on retrouve notamment le trio Wintage -, Barthé dévoile ici des humeurs (d)étonnantes qui confirment s’il en est encore besoin son énergie foisonnante et sa puissance compositionnelle. Avec un charme carillonnant et des accents mêlés qui court-circuitent toute classification générique, « Lieder » s’aventure hardiment sur les terrains croisés de la chanson et de la poésie. Le guitariste y exploite à loisir son « goût prononcé pour les oppositions et l’empilage, à pure fin de donner à entendre la musique au-delà des styles par lesquels on la norme« . On y retrouve l’écriture ciselée du double mandataire à la tête de l’ONJ, sa flamme seventies et son goût des contorsions athlétiques dans les arcanes du blues et du jazz-rock, assortis d’une instrumentation plus baroque que jamais (cor anglais, mandoline, hautbois, tap dance, chants d’oiseaux et de grenouiles balinais…). Le tout ponctué d’interventions vocales incarnées notamment par Charlène Martin et Claude Barthélemy en personne, assumant un esprit déluré, un brin désuet, à écouter sans garde-fou. Les paroles sont signées Barthélemy (à l’exception de Un Jour tu verras, de Mouloudji) et soulignent souvent avec justesse la polyvalence de l’orchestration. Ce programme court depuis 2009 et semble avoir trouvé un aboutissement dans ces seize pièces aussi cohérentes que le livret est alambiqué.

Lorraine Soliman

Claude Barthélemy

Guitariste, oudiste, compositeur (et mathématicien), Claude Barthélemy est un artiste phare de la scène musicale française qui n’a cessé de multiplier les expériences dans toutes les sphères artistiques depuis ses débuts en 1978 avec Michel Portal.

Jazz, musique contemporaine, chanson, danse, théâtre, création d’évènements, aucun champ d’expression musicale n’échappe à la boulimie créatrice de Claude Barthélemy : sa discographie éclectique en témoigne.

Si son parcours artistique démontre un prédilection pour le travail d’orchestre (du trio au big-band en passant par l’orchestre symphonique), il affectionne également les expressions plus intimistes et contemplatives du oud, instrument avec lequel il entretient des liens étroits depuis plus de vingt ans.

Claude Barthélemy a dirigé l’Orchestre National de Jazz à deux reprises : de 1989 à 1991, et de 2002 à 2005.

« La carrière de Claude Barthélémy est à la fois zigzagante et rectiline, géométriquement plus riemannienne qu’euclidienne, aléatoire programmée. Ces références n’ont rien d’un gimmick : Barthélémy, Bartok rock, lieu géométrique des banlieues, est né à Saint-Denis, s’est installé à Champigny, a remué tous les garages, déglingué pas mal de mirages, pris beaucoup de virages et approfondi les études de  maths qu’il n’a jamais lâchées. Il en lit encore énormément, y songe, s’en inspire.  Heureusement qu’il reste sur cette planète des types capables encore de rapprocher  (ou d’écarter) un théoricien d’un poète (et vice versa). Ils nous sauvent. Ils nous évitent. Leur violence ramène à la sérénité de leur voie. Ils ont trouvé la voie et ne font pas  croire que c’est simple. Le goût du complexe, chez Barthélémy, son mélange détonnant de science, d’écriture et de va-tout, ce mélange est ce qui emporte, qui étonne, qui bouge. Barthélémy, compagnon de route de tout le jazz français, croiseur de haute mer avec les compositeurs voisins (Globokar, Aperghis, Bachir), ancien directeur de  l’Orchestre National de Jazz pour lequel il a maintenu un projet plutôt déraisonnable, est sans doute l’improvisateur le plus doué des vingt dernières années. Or c’est son
charme, il ne s’y tient pas, ne tient jamais en place. Lui qui a assez de musiques en lui pour déblatérer pendant des heures, il cherche à chaque intervention sa loi, sa catastrophe…

Francis Marmande

Claude Barthélémy, oud hero, compositeur, chef d’orchestres savants & sauvages, guitariste de l’extase, du réel, des longs silences trépidants, et, quand au-delà de 360
tourne la noire, de la lenteur en tant que telle ; docteur ès Rothko, James Taylor, Jimi Hendrix et Anton Webern ; vidéaste de l’instant le plus beau où de l’informe surgit
quelque chose ou presque et amateur des gâteaux les plus gros ; génie sans système de l’échappée belle, au sein de tout ce qui vient, de ce qui à l’ailleurs revient, et en ce sens gödelien ; dodécaphoniste déboulonnant d’aise et coltranisant Boulez ; perpétuateur de catastrophes heureuses sur fond d’ivresse sous-jacente et par là thomien ; éclaireur ; auteur entre mille autres des vers autobiographiques Tout m’arrive à la fois, et Mon âme papillonne au bout de l’impensé ; serein.

Yann Apperry


Discographie

2011 « Lieder » 3=tomato

2004 « La fête de l’eau » Orchestre National de Jazz Le Chant du monde

2002 « Admirabelamour » Orchestre National de Jazz Label Bleu

2000 « Sereine » Label Bleu

1997 « Monsieur Claude » Deux Z

1994 « Rock’airs de la lune » Auvidis

1993 « Solide » Evidence

1991 « Jack-Line » Orchestre National de Jazz Label Bleu

1990 « Claire » » Orchestre National de Jazz Label Bleu

1986 « RealPolitik » vinyle seulement Big Noise Records

1983 « Modern’ » Universal

1981 « Forest One » vinyle seulement Cobalt

1979 « Jaune et encore » vinyle seulement Cobalt

à visiter sur le site de la Médiathèque de la Cité de la Musique